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Dictée
du Maroc 2011
Dictée
de demi-finales - Samedi 12 mars
Une
championne de l'improvisation
Youssef,
en son for intérieur, doutait plus que jamais de l’utilité
que pouvaient présenter des visites protocolaires à de
parfaits étrangers, à l’occasion de la cure de repos
qu’il était censé entreprendre à Essaouira. Mais ses
parents avaient insisté pour que cet adolescent dégingandé
et ébouriffé prît contact, dès son arrivée, avec un
certain nombre de personnes qu’ils avaient connues naguère…
(Fin
de la dictée pour les minimes)
Il était
certes un peu tard lorsqu’il voulut se présenter à une
famille d’artisans en marqueterie, qui rehaussaient
d’incrustations de cèdre, de citronnier et d’ébène des
racines de thuya, mais il se risqua tout de même à frapper
à leur porte… Deux jeunes filles l’accueillirent, en lui
indiquant que leur mère allait descendre tout de suite. La
plus âgée, à la chevelure noir de jais et aux yeux
noisette, lui demanda s’il connaissait beaucoup de monde à
Essaouira, et en l’occurrence, plus précisément, leur
famille. Youssef dut avouer qu’il ne savait pas
grand-chose…
(Fin
de la dictée pour les cadets)
« La
grande tragédie qui a frappé notre famille s’est produite
il y a trois ans, donc après le séjour ici de vos
parents », déclara l’adolescente, prénommée
Nabila. « Voyez cette porte-fenêtre que nous laissons
ouverte : c’est par ici que mon père et son frère
puîné sont partis pour une partie de pêche. Ils ne
sont jamais revenus… Des averses continuelles tombant dru
avaient transformé en sables mouvants des endroits qui ne
présentaient habituellement aucun danger. On n’a
jamais retrouvé les corps ! Mais notre pauvre mère
croit qu’ils vont revenir un jour, eux et leur petit
épagneul, et qu’ils vont rentrer par cette même porte. »
… Soudain,
la jeune fille regarda du côté de cette ouverture, les yeux
agrandis par l’horreur. Youssef se retourna sur son siège
et regarda dans la même direction. Dans le crépuscule qui
tombait, deux silhouettes d’hommes traversaient le jardin,
portant des cannes à pêche et des filets. Un petit chien
trottait à leur côté…
(Fin
de la dictée pour les juniors)
Youssef,
blême et le front halitueux, saisit fébrilement son
chapeau ; la porte du vestibule, la petite allée de
graviers et la grille du jardin furent franchis en cinq sec,
alors que la maîtresse de maison débouchait dans le salon
en s’excusant de l’avoir fait attendre, et tandis que ses
mari et frère franchissaient la porte-fenêtre…
Interloqués
par le comportement bizarroïde de ce curieux visiteur qui
avait ainsi filé comme s’il avait vu un fantôme, les
trois adultes interrogèrent Nabila. « Ça doit être à
cause de l’épagneul », expliqua calmement la jeune
fille. « Il m’a dit qu’il venait ici soigner ses
nerfs et qu’il avait horreur des chiens. Un jour, il est
resté toute une nuit perché dans un palmier-dattier, cerné
par une meute de chiens grondant et bavant. »
L’improvisation romanesque était la grande spécialité de
Nabila…
©
Jean-Pierre Colignon, mars 2011.
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