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Dictée
du Maroc 2011
Finale
– Samedi 16 Avril
Un
incorrigible placoteux
Sélim,
toujours vêtu d’un costume gris et arborant une
cravate bleu foncé, figurait au nombre des convives
du dîner organisé ce jour-là à Rabat parce
qu’il passait pour tout savoir sur le monde entier… Ses
voyages et expériences dans des contrées lointaines
s’étaient probablement déroulés dans un cadre des
plus restreints, et leur durée n’avait jamais dû,
en fait, excéder vingt et un jours.
(Fin
minimes.)
Mais
c’était un de ces individus placoteux, c’est-à-dire
loquaces, et imaginatifs qui peuvent décrire en
détail tout un continent après avoir passé seulement
un week-end dans un hôtel luxueux d’une ville côtière,
aussi minutieusement qu’un paléontologue émérite
et chevronné reconstituera un mammifère disparu sans avoir
d’autre élément qu’un vague tibia aux trois quarts
rongé.
(Fin
cadets.)
Sa
quasi-hâblerie ne le rendait pas vraiment
insupportable, sauf si l’on devait rester très longtemps
en sa compagnie. Et, s’il avait besoin d’un vaste
auditoire et d’une grande admiration, c’était tout
bonnement une conséquence de sa philanthropie aiguë,
laquelle le poussait à diffuser trop généreusement son
savoir !...
(Fin
juniors.)
La
discussion n’était pas dans sa nature, qui préférait un
flot ininterrompu de dissertations, une logorrhée
modifiée à l’occasion par des questions secourables qui
servaient à chaque fois de tremplin d’où rejaillissaient
de nouveaux flots d’éloquence. Passant ainsi du coq à
l’âne, par exemple du cirripède à l’hémione
– c’est-à-dire de l’anatife à l’âne sauvage
–, ou bien des djinns cachés dans des palmeraies
piquetées d’amandiers aux lutins germaniques
collectionnant les pierres précieuses et qui
s’étaient imaginé, dit-on, que leur immense
fortune leur vaudrait d’accéder à l’acmé de la
puissance. Le bavard Sélim ne manqua pas de mentionner
incidemment, ensuite, que son flair venait de lui
rapporter un joli pactole à la suite d’un pari sur une
haquenée juvénile lors d’une course de chevaux
organisée entre amis sur la plage d’Agadir.
Ce
fut là sa dernière anecdote. On ne parvint jamais à
découvrir qui avait mis de la strychnine dans le thé
à la menthe de ce moulin à paroles, de ce…
poison !
©
Jean-Pierre Colignon, avril 2011.
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